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Chronique Jean-Touré Ousman : 2022 Monnaie unique conditionnée

(Agence de presse panafricaine)-L’époque coloniale formelle révolue, n’excluait pas le rayonnement d’une puissance dans ses anciennes colonies. Certains esprits critiques et des factions militantes s’insurgent occasionnellement  contre ce qui s’apparenterait aux réflexes d’anciens colonisateurs. La territorialité  francophone dédoublée d’Afrique centrale et de l’Ouest, est confondue  à un pré carré où sont mixés à la fois les intérêts géostratégiques, politiques, monétaires, économiques  publics et privés. Le président français, parrain potentiel de réforme structurelle éventuelle, et son homologue ivoirien, avaient annoncé à Abidjan au cours de l’année finissante 2019,  le remplacement du franc CFA par l’Eco. Cette communication survenait consécutivement à la remise en cause réclamée de la monnaie commune à plusieurs états d’Afrique centrale et de l’ouest. Elle succédait aussi au scepticisme affiché par l’opinion locale sur la crédibilité du maintien des troupes françaises dans les pays du Sahel. La lutte contre le terrorisme pendant plusieurs années, n’ayant pas produit les résultats attendus dans les délais.

 

 

 

L’annonce  par les deux protagonistes dépouillerait le moyen de paiement  de l’appellation qui serait en désuétude, de la réserve monétaire qui garantit la valeur et la convertibilité  accordées au franc CFA, par l’entremise du trésor de l’ancienne métropole, et des compétences décisionnelles relevant du personnel français qui encadre le système financier concerné. Supprimer cet aménagement mènerait à envisager un statut du nouveau moyen de paiement en perspective. Les Pays Africains de la Zone Franc ne comptaient pas parmi les dix premières économies florissantes d’Afrique en 2019. Ils ne disposent pas de réserve d’or à la BCEAO. Les PAZF versent la moitié de leur avoir à la Banque de France. L’ex métropole garde leur stock du métal jaune, qui en fait la cinquième réserve au monde. L’effet de surprise qui accompagne le lancement de  création d’une nouvelle monnaie, remettait sur le tapis le projet du moyen de paiement qui relevait d’une programmation antérieure par les états de la Cedeao en 1983. Cette organisation régionale regroupe aussi les pays anglophones et la Guinée-Conakry, utilisant chacun sa propre monnaie. La survivance du moyen de paiement hérité d’aménagements d’après-guerre,  perpétuerait le droit de regard de l’ancienne métropole sur la gouvernance locale  de la territorialité concernée. Le franc CFA créé en 1945, symbolise un vestige colonial français en ex A.O.F, et dans l’ancienne A.E.F. Le Mali et la Guinée-Conakry, ont respectivement tenté de mettre à jour  leur monnaie nationale respective, avant de trouver des accommodements avec l’ex métropole, par rapport à la zone monétaire environnante. La Mauritanie, dans un élan de souverainisme, s’en est dispensée, en créant l’ouguiya. Le franc CFA est utilisé par quatorze pays africains.  La Guinée-Bissau lusophone et la Guinée-équatoriale hispanophone, ne sont pas des états francophones, en dépit de leur proximité respective avec les autres membres de même zone monétaire. Nécessité économique oblige, la réalisation monétaire résulterait de la volonté politique des intéressés.

Dans un espace relativement important, subsiste  une monnaie unique en Afrique. Sous les couleurs du franc CFA, elle ne flotte pas au gré des offres du marché, parallèlement à d’autres moyens de paiement nationaux sur le continent. Depuis que la France intégrait la zone monétaire  unique de l’Union européenne, le franc CFA est rattaché à l’euro. Cette assertion revêt la particularité de paraitre un domaine réservé du système tentaculaire  financier français en Afrique. La survivance monétaire coloniale est conditionnée par un attelage global  qu’accompagnent les incidences de la monnaie unique de l’Union Européenne. Son extension déguisée au-delà de la sphère de  l’UEMOA, reste hypothétique.

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