Les voitures transformées en ambulance dans le cadre de la lutte contre le coronavirus à Madagascar

(Agence de presse panafricaine) -Dans le cadre le cadre de la lutte contre l’épidémie du coronavirus, Madagascar a déjà obtenu un financement extérieur de plus de 410 millions de dollars. Mais les soupçons de détournements de ces aides s’agrandissent ces derniers temps. Face à cette situation, les organisations de la civile exigent la transparence sur les marchés publics et financements de la lutte contre le Covid-19. Mais elles ne sont pas les seules à l’exiger.

 

 

 

Les appels à la « transparence » sur le budget et les  financements de la lutte contre le coronavirus se multiplient à Madagascar. Le dernier en date est celui de 11 organisations de la société civile impliquées dans la promotion de la transparence, de la redevabilité et de la bonne gouvernance, dont Transparency International-Initiative Madagascar. Dans une lettre ouverte adressée au président du Centre de commandement des opérations Covid19 (CCO Covid19), l’instance nationale qui gère officiellement la crise sanitaire dans le pays, elles exigent la « Transparence sur les marchés publics et financements de la lutte contre le Covid19 ».

Il s’agit de la deuxième interpellation de ce centre par ces organisations de la société civile. La première remonte au 11 juin. Dans cette première requête, elles avaient demandé un accès à « certaines informations relatives aux marchés publics » attribués dans le cadre de la lutte contre cette épidémie en vain. Cette demande porte sur le « cadre légal et règlementaire régissant l’attribution des marchés publics, conformément à l’actuelle situation d’état d’urgence sanitaire, et l’exécution des dépenses lies à la lutte contre le Covid19 ».

Alliance des partis de l’opposition

Les organisations de la société civile souhaitent également avoir « la liste des ministères et institutions ayant demandé une autorisation de réallocation de leur budget avec les montants et les utilisations prévues », « la liste des marchés publics attribués dans le cadre de la lutte contre le Covid19 » et  «le décret portant création du fonds de riposte adopté en conseil du gouvernement le 2 juillet » dernier. Une fois de plus, dans cette lettre adressée au président du CCO Covid19, elles ont réitéré leur demande.

L’alliance des partis de l’opposition (RMDM), présidée par l’ancien chef de l’État Marc Ravalomanana a lancé en premier, au mois d’avril, la nécessité de transparence des financements extérieurs reçus dans le cadre de la lutte contre le coronavirus à Madagascar. Le président de l’Assemblée nationale, Christine Razanamahasoa, ancienne ministre de la Justice de la Transition (2009-2013), présidée à l’époque par l’actuel président de la République, Andry Rajoelina, a également formulé une demande en sens lors de la cérémonie de clôture de première session parlementaire des députés, le 3 juillet dernier.

Dans un communiqué du 8 juillet, relatif au rapport de l’enquête « Open Budget Survey », concernant la pratique de la transparence budgétaire, l’Unicef a signalé le besoin de renforcement de la pratique budgétaire à Madagascar. Ceci est à cause de l’évolution mitigée des scores obtenus par le pays en 2018 – recul dans la participation du public au processus budgétaire (6% en 2018 contre 9% en 2016) et léger progrès dans la production des documents (40% en 2018 contre 36% en 2016).

410 millions de dollars

Par ailleurs, l’Unicef s’est particulièrement inquiété de la situation à venir au vu, entre autres, des évolutions et des mesures récentes à l’encontre de la transparence budgétaire. Cette Organisation des Nations unies pour l’enfance en pointe  notamment du doigt « la promulgation des deux lois de finances – loi de finances rectificative de 2019 et loi de finances initiale 2020 –  par voie d’ordonnance et le retard répété pour le dépôt et la publication des projets de loi de finances ». Ces pratiques « constituent une entrave à la participation nécessaire des élus au processus budgétaire, fragilisent l’équilibre de la séparation des pouvoirs et restreignent les opportunités de débats autour des projets de lois avant son adoption », indique-t-elle dans son communiqué.

L’insuffisance, voire l’inexistence des aides sociales dans le cadre de cette crise sanitaire qui ne fait qu’aggraver la situation déjà délicate de la couche sociale défavorisée et de l’ensemble de la population a notamment suscité les questionnements par rapport à ces aides. Le 15 avril dernier, le ministre de l’Économie et des finances malgache, Richard Randriamandranto, a énuméré les différentes aides extérieures obtenues dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Elles totalisent plus de 410 millions de dollars.

Véhicules, matériel médical…

En mai, une affaire de « bonbons à 8 milliards d’ariary » (soit 2 millions d’euros) a éclaté au sein du ministère de l’Éducation nationale et a causé le limogeage de la ministre, Rijasoa Josoa Andriamanana. Avec cette somme, son ministère aurait prévu d’acheter des friandises pour les élèves des écoles publiques afin de faciliter l’administration de la tisane Covid-Organics, le remède miracle malgache contre le coronavirus. Les dépenses étaient jugées trop exorbitantes et non prioritaires. Mais le pire est que l’affaire sentait la corruption et le détournement de deniers publics. Portée devant le tribunal malgache en charge des affaires de corruption, le Pôle anti-corruption (PAC), elle s’est conclue provisoirement par l’incarcération de 8 personnes, dont des directeurs au sein du ministère de l’Éducation nationale.

Depuis, les soupçons de détournements de fonds obtenus dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de coronavirus ne cessent de s’agrandir, d’autant plus que les aides extérieures se multiplient également. Face à de nombreuses pressions, le président de la République, Andry Rajoelina, a apporté ses explications dimanche dernier, lors d’une émission télévisée diffusée sur la chaîne nationale. Il a indiqué que toutes les aides reçues ne sont pas destinées à la lutte contre le coronavirus en prenant l’exemple d’une somme de 50  millions de dollars attribués par la Banque mondiale pour appuyer les politiques de développement  pour la gestion des risques de catastrophes.

« Ce fonds est géré par le Bureau national de gestion des risques de catastrophes (BNGRC) et 15 millions de dollars ont déjà été décaissés et utilisés au niveau du Centre de commandement des opérations Covid19 », a indiqué le chef de l’État. Il a expliqué que ce fonds a permis, entre autres, d’acheter des véhicules tout terrain transformés en ambulance, de matériel médical…Andry Rajoelina a également indiqué que l’Etat a déjà distribué des aides sociales à plus de 50 000 personnes dans le pays, à travers lequel l’Etat accorde une aide de 100 000 ariary (environ 25 euros) par personne.

 

 

 

Arivo Soan correspondant (App) Madagascar

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