Silué Boloba

(Agence de presse panafricaine) -Les contours de la disparition de feu le premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, ne finissent pas de livrer ses secrets.  L’agence de presse panafricaine (App) se trouve encore dans la région du Poro, d’où est originaire l’ex chef du gouvernement ivoirien, disparu le 08 juillet dernier à la suite d’un malaise au cours du conseil des ministres tenu à cette date et inhumé le 17 juillet 2020 à Korhogo, la cité du Poro. Dans cet entretien M.Silué Boloba qui a préféré se présenter à nous  en tant que président de l’Ong wafi et membre de la famille Gon Coulibaly révèle qu’il sentait que celui qu’on appelle communément le lion allait mourir. Entretien exclusif.

 

 

 

 

 

Silué Boloba

 

 

«il était en train de remercier chacun pour ce qu’ils avaient fait ensemble»

 

Sans faire dans la langue de bois, le jeune militant du RHDP ne tarit pas d’éloges à l’endroit de son défunt mentor qui le surprit en le laissant littéralement orphelin de ses enseignements bénéfiques à plus d’un titre.

 

(App) -Votre pays la  Côte d’Ivoire ne compte plus Amadou Gon Coulibaly sur sa liste des vivants. Après son retour triomphal  après avoir passé deux mois en France, pensez-vous qu’un tel malheur puisse frapper celui que vous appeliez le lion ?

 

 

(réponse) -Il Faut dire que je ressentais déjà le décès  du Premier ministre. Quand on a annoncé son retour je suis tombé malade. On m’a demandé d’aller à l’hôpital. Je ne sentais pas la nécessité mais je souffrais. Mais je ne savais pas de quoi il s’agissait jusqu’à ce qu’on m’annonce son arrivée au pays. En tant que traditionaliste, et aussi un homme de culture, quand je regardais les signes, j’ai senti qu’il y a quelques chose qui n’allait pas. D’ailleurs je l’ai publié sur ma page Facebook. Avant son décès, à deux reprises je me suis réveillé dans la nuit pour écrire je n’ai pas pu écrire. Pour expliquer ce que j’avais vu. Qu’est-ce que j’avais vu? J’ai vu un premier ministre qui arrive et le président qui déballe le tapis rouge, qui se rend à l’aéroport avec son épouse et tout son gouvernement pour accueillir le Premier ministre.  Je n’ai pas dit que cela n’existe pas mais je ne l’ai jamais vu. Deuxièmement, à l’arrivée, le Président de la République n’a pas parlé, au lieu qu’il soit assis pour écouter son premier ministre, il était plutôt débout à ses côtés. Ce sont des signes dans la tradition qui indiquent de mauvais présages. Donc, est ce que Dieu avait tracé ces signes pour nous montrer que quelque chose n’allait pas.  Ensuite quant- il venait au conseil des ministres, vous allez voir qu’il tardait à saluer les gens. C’est à dire, lorsque vous finissez de le saluer, lui il reste là  à vous regarder partir. C’est comme s’il était en train de remercier chacun pour ce qu’ils avaient fait ensemble.

 

 

(App) -Le Premier ministre était un digne fils du Poro, région réputée  comme étant de mysticisme en Côte d’Ivoire  est-ce à dire  qu’il  savait lui-même qu’il  allait quitter ce monde?

 

 

(réponse) -Non la mort quand elle doit vous arrivez, vous ne l’a Sentez pas quelle que soit votre capacité spirituelle,  mais il y’a des signes. Nous qui sommes autour, lorsque vous vous êtes occupés d’un malade et qu’il décède, prochainement, si vous voyez un malade qui est en train de quitter ce monde vous le saurez.  J’avais senti qu’il ne resterait pas longtemps.  Quand vous assister un malade, le jour où il commence à refuser votre regard, sachez qu’il va partir sans que lui-même ne le sache.

 

 

(App) -Amadou Gon Coulibaly a quand même fait six jours avant son départ définitif de ce monde après son retour de Paris. Mais vous, pourquoi n’aviez-vous pas signalé que quelque chose de grave allait arriver ?

 

 

(réponse)  -Je le sentais mais je ne savais pas ce qui pouvait arriver. C’est ce que je disais tout à l’heure que même celui qui doit mourir ne sait pas ce qui va lui arriver. Je vous invite à revisiter les dernières images présentées de lui de son vivant. J’ai publié sur ma page. Vous verrez des communications. C’est plutôt un observateur qui voie mieux cela.

 

 

(App) -Alors ce jour incompréhensif du 08 juillet arriva !

 

 

(réponse) -J’ai pleuré.

 

 

(App) -Où étiez vous ? Et comment avez-vous appris cette mauvaise nouvelle?

 

 

(réponse)  -J’étais à la maison.  Couché sous le poids de ce que je pressentais. Deux appels téléphoniques me sont parvenus à la fois dans mes différents téléphones. Le premier interlocuteur me dit ” ton mentor c’est pas bon pour lui” et le second me dira ” les nouvelles ne sont pas bonnes“. A la fois les deux téléphones se sont retrouvés sur les oreilles espérant une bonne nouvelle mais c’était le contraire. Je n’attendais plus rien. J’étais affaibli, pris de vertige et aussi perturbé. Notre modèle n’est plus avec nous. Lorsque j’ai eu un peu de force, sans toutefois tarder j’ai commencé à appeler plusieurs membres de la famille, AMS, Gédeon, ses petites sœurs …personne ne décrochait. Dans l’impossibilité de les joindre, l’adrénaline est remontée.

 

 

(App) -C’était à quel moment ?

 

 

(réponse) -C’était vers 17 heures. J’étais tout seul à la maison. Juste avant que cela ne passe à la télévision, j’ai rappelé son entourage familial et je suis tombé sur sa tante qui se voile . Tantine Tata. Elle pleurait. Et elle a coupée l’appel. J’ai compris en ce moment que c’était sérieux. Parcouru plusieurs médias où aucune information annonçant sa mort n’était d’actualité. Lorsque j’ai cliqué sur la RTI 1 (Radio Télévision Ivoirienne), j’ai lu un message sur la bande annonçant ceci: “Urgence/ Dans quelques instants vous aurez un message spécial de la présidence”. Et c’est à la suite que le Secrétaire Général de la Présidence, M.Patrick Achi est venu annoncer son décès. Message dans lequel, la présidence a souhaité les sincères condoléances à la nation et à la famille du Premier Ministre Amadou Gon Coulibaly.

 

 

(App) -Après l’annonce, êtes-vous resté scotché sur la RTI ?

 

 

(réponse) -J’ai pleuré. J’ai pleuré. Je n’ai même pas pleuré comme sa à la mort de ma mère.

 

 

(App) -Mais pourquoi aviez-vous pleuré autant ?

 

 

(réponse) -Vous voyez,  Amadou Gon Coulibaly est un aîné, un père pour moi.  Nous sommes issus d’une famille politique le Rhdp (Rassemblement des Houphouétistes pour le développement et la  paix) où l’union et la  discipline sont des socles.  Il a montré des qualités qui lui permettaient de succéder au Président Ouattara au cas où il ne se présenterait plus à la présidence. C’est ainsi que nous qui connaissions cet homme de valeur avons commencé à faire sa promotion. Pour le faire aimer par ceux qui le ne connaissais pas. Nous avons travaillé pour exposer ses qualités d’homme modèle. Pendant le récent enrôlement, le Rhdp était présent sur le terrain bien qu’il soit le parti au pouvoir et s’est battu pour lui trouver des électeurs afin de lui permettre d’accéder démocratiquement au pouvoir le 31 octobre prochain.  Au finish il rend l’âme. Ce n’est pas facile.

 

 

(App) -quelques mois de l’échéance, pensez-vous que votre parti puisse avoir un candidat qui permettra au Président Alassane Ouattara d’aller se reposer comme il l’avait indiqué ?

 

 

(réponse) -Vous savez, notre parti est la seule formation politique qui regroupe plusieurs cadres compétents venant de toutes les régions du pays. Nous avons de la réserve. Et comme je vous l’ai dit plus haut, notre parti est très discipliné. Nous avons Un chef. Il parlera et nous exécuteront. Tous sommes des lionceaux à part le grand chef et quel que soit le choix il faudra travailler pour que la victoire nous revienne. Pour ma part je pense que c’est maintenant que le vrai combat commence. Tous ceux qui disaient aimer Gon de son vivant, nous attendons les voir envahir la Côte d’Ivoire pour porter le message de développement que le Rhdp proposera pour ces cinq  prochaines années. Il faudrait que là où notre lion se trouve qu’il soit fier d’avoir servir la Côte d’Ivoire, son pays, l’Afrique à travers son parti.

 

 

(App) -Tout comme  le Secrétaire exécutif, Adama Bictogo, vous ne croyez pas que AGC le Lion est sous terre. Après son enterrement, ne craignez-vous pas des risques de division ?

 

(réponse) -Il n’y a aucun risque. Je ne dis pas  que les gens se réjouissent de sa mort. Mais ceux qui ont l’intention de croire que son décès affaiblira notre parti, se trompent. Surtout à la mémoire du défunt nous sommes plus que mobilisés. Voici des jeunes qui m’accompagnent. Ils sont tous des responsables d’associations et de mouvements qui militent en sa faveur. Je leur ai demandé ce matin de rester fidèles à cette idéologie. De rester dans la ligne de AGC.

 

 

(App) -Vous êtes un homme de Culture, plusieurs témoignages sur AGC indiquaient son attachement culturel. Comment cette valeur peut être prise pour exemple par la jeunesse africaine ?

 

 

(réponse) -Je demande d’abord aux associations qui portent son nom de copier sur l’homme. Copier sa loyauté, sa fidélité et sa détermination et même son caractère de travailleur infatigable. Ensuite je veux que cela soit pareil pour toutes les organisations d’hommes à travers l’Afrique. Car ce genre de valeur rendent riche. En Afrique, surtout chez nous ici au  Poro,  un vieux ne te donne rien tant qu’il n’a pas confiance en toi. Retenez ce proverbe de chez nous qui dit ceci : “c’est la chicote qui devient arbre“. Respectez vos aînés pour être respecter en retour. J’ ai un livre dans la voiture intitulé les lois du pouvoirs et je souhaiterais que chacun le lise. La loi numéro Une, Faut jamais chercher à surpasser son maître. On ne fait jamais la concurrence avec son patron. Amadou Gon Coulibaly a toujours été fidèle au Président Ouattara jusqu’à sa mort. D’ailleurs c’est ce qui  lui a valu une confiance absolue de son chef. En lui faisant accéder aux postes les plus précieux de la République. Si la mort ne l’avait pas fauché. Il serait candidat, ensuite Président de la République de Côte d’Ivoire et  il obtiendrait les honneurs qui sont réservés à ce rang. Jeunesse africaine, retenez ainsi que cela est le prix de la loyauté.

 

 

(App) -Revenons à la région du Poro. Pendant les élections locales sous Amadou Gon, il n’existait pas la prolifération des candidats indépendants. Ne craignez-vous pas le contraire maintenant qu’il n’est plus ?

 

 

(réponse) -Je l’ai toujours dit. C’est un leader. Il avait les mots et la force du dialogue pour convaincre les gens. Pour donner de  l’espoir aux gens pour qu’ils travaillent ensemble. Toute sa vie se résumait à l’esprit familial. Pour lui, quand vous êtes issus d’une région et qu’il y a  plusieurs candidats, la famille se divise. Raison pour laquelle, feu le Président Félix Houphouët-Boigny Souhaitait que nous demeurons sous le régime du parti unique. Depuis donc le multipartisme, dans la famille on voit le grand frère qui est Rhdp, la petite sœur qui est FPI, le cousin qui est PDCI ou Udpci, vous pensez qu’ils pourront encore faire des réunions de famille ? C’est difficile. Gon Coulibaly est un esprit, cet esprit nous guidera toujours à rester unis.

 

Mais au sein de la grande famille Gon, on retrouve toutes les obédiences politiques.

 

 

C’est difficile. C’est de cela dont je parle. Cela a toujours des répercussions sur la famille.

 

 

(App) -Nous avons reçu des informations selon lesquelles, ces appels à l’unité régionale étaient accompagnés de pression. Si ces allégations sont réelles, N’est-ce  pas une forme de  dictature de Gon ? Dont la mort soulagerait certains qui veulent être candidats pour les élections locales à venir ?

 

 

(réponse) -Cela, c’est leur appréciation. Mais pour moi je connaissais Amadou Gon Coulibaly comme celui qui utilisait la force du dialogue et non ce que vous  dites-là. Étant un de ces disciplines, à Sirasso on devrait avoir au moins trois candidats pour une petite mairie. Y’a le RHDP, le PDCI et un indépendant. J’ai vu ce qui s’est passé entre le député sortant et moi. J’ ‘ai pris mon bâton de pèlerin. J’ai croisé chacun des candidats pour leur expliquer le désagrément que cela pouvait causer à notre localité. Par conséquent, j’ai négocié avec certains à l’image de mon maître pour retirer leur candidature. Je l’ai fait avec des mots pour que cela soit effectif. Qui suis-je ? N’étant pas le plus âgé. Je n’ai pas plus de fortune qu’eux. Mais le dialogue a primé. Ils ont fini par m’écouter.

 

 

(App) -Ces sources rajoutent que même les mariages, les baptêmes, anniversaires et autres cérémonies  étaient infiltrés par les hommes de l’ex-Premier Ministre pour imposer la pensée unique. Nous venons d’assister aux obsèques de l’homme qui ont fait une mobilisation que certains chefs d’États n’ont reçu à leurs obsèques. Peut-on considérer cette mobilisation comme un ouf de soulagement pour ceux qui vivaient sous son joug en subissant sa pression ?

 

 

(réponse) -Je vais commencer à répondre par une question. C’est vrai que je suis là pour répondre à vos questions. Mais pourquoi le Président Gbagbo était à la Haye? Pourquoi Blé Coudé était également à la Haye? Parce que vous les y aviez transférés.

 

notre correspondant Beti et Silué Boloba natif de poro

 

Non parce qu’on leur reproche des crimes contre l’humanité. Mais notre AGC, qu’a-t-il fait ? Voici un homme qui mettait en priorité le besoin des autres avant pour lui. La preuve, à korhogo dans sa résidence, tout homme avait accès à lui. Son portail était ouvert à tous malgré son rang de Premier Ministre. Un dictateur pour ma part confinerait sa résidence. Les hommes sont tellement ingrats. Il n’a pas encore pris connaissance de la terre de ces ancêtres et les flèches commencent à se diriger déjà sur lui.  Dans le cœur de Gon, il n’y avait pas de place pour la  dictature. C’est vrai, nous sommes en politique mais au-delà de ça, nous devons nous rappeler que nous sommes africains. Et dans la tradition Africaine, les morts ont droits au respect car ils font  partis de nous. Dans ma zone, en tant que leader, certaines personnes m’apprécient (gentil, accessible …) pendant que d’autres m’attribuent des  qualifications qui ne me sont pas propres (méchant, difficile…). J’accepte. Un leader doit être comme une poubelle. Les témoignages faits lors de ses obsèques n’ont pas été faits sous pression. On ne leur a pas imposé un discours sur l’homme. Ils étaient libres de dire ce qu’ils voulaient.  Nos papas nous ont frappés à l’époque,  mais allez-y sur Facebook, personne n’a jamais exposé négativement son parent. A part les sorciers. Tout de suite on vous a présenté en tant que bon journaliste. Mais moi, je peux dire que vous êtes mauvais.  Parceque si vous manquer une virgule sur mon interview, je dirais que vous êtes mauvais journaliste. Mais si vous faites mes éloges, partout je vous présenterai, je dirais que vous êtes un grand journaliste. Donc c’est comme ça. Si vos commentaires vont dans le sens de féliciter le FPI, il saluera votre mérite. Mais le RHDP dira quoi ? Chacun a son analyse mais n’ignorons pas que le monde est rempli des personnes ingrates.

 

 

(App) -Que savez-vous de ses rapports au niveau de l’intégration africaine ?

 

 

(réponse) -Sa place aux côtés du Président de la République a permis à la Côte d’Ivoire de redevenir l’ami du continent africain. Dont elle est la fille. Et par la suite, sur le plan international, jamais un pays  africain n’a organisé un haut  sommet comme celui que notre pays a organisé il y’a quelques temps. C’est à dire le sommet UE-UA. Son leadership en tant que premier ministre, a ouvert beaucoup de portes à notre pays sur le plan international. La preuve, le drapeau de l’ONU a été mis en berne.  A l’instar des Ivoiriens, les africains sont aussi touchés par sa mort. Hier, j’ ai assisté à une lecture coranique de la communauté Nigériane pour le repos de l’âme du Premier Ministre.

 

 

(App) -Comment comptez- vous pérenniser l’esprit Agciste ?

 

 

Au nom d’Amadou Gon Coulibaly, je file après cet entretien faire un don en son nom. Je vais offrir une bâche dans un village  à des femmes. Une promesse que je vais tenir. Amadou Gon, lorsqu’il disait il faisait. Ce n’est pas parce-que Il n’est plus Là qu’on va arrêter les promesses tenues.

 

 

 

 

Entretien mené par Stéphane Beti en direct de Poro pour (App)

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