Discours du Président Paul Biya : Jean Michel Nintcheu, Député, Social Democratic Front réagit

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(Agence de presse panafricaine) « Après un très long silence inexplicable, M. Biya a enfin pris la parole pour s’adresser aux camerounais. Il en appelle maintenant à un dialogue national après près de trois ans de blocages, de violences diverses et de supplices infligés à nos compatriotes anglophones. L’essentiel de son adresse a porté sur la crise anglophone, la preuve est la toute première phrase de son allocution principalement tournée vers ce drame national. Est-ce que les propositions formulées dans ce discours sont de nature à ramener le calme dans ces deux régions? J’en doute fort puisqu’il n’a même pas pris la peine de faire une seule référence à la rentrée scolaire dans ces deux régions.

Il n’est de secret pour personne que c’est l’exaspération à juste titre des populations anglophones ainsi que la prochaine session de l’ONU qui se penchera définitivement sur le cas de cette crise qui ont dicté le timing de ce discours.

Le moins que l’on puisse dire au-delà de tout, est que les mesures annoncées reconnaissent le problème spécifique anglophone. Reste à espérer que nos compatriotes anglophones ne seront pas minoritaires dans ce dialogue annoncé puisqu’il est évident qu’il n’y a qu’eux pour mieux parler des souffrances liées à leur marginalisation que M. Biya refuse obstinément de reconnaître. Le plus grand passager manquant de ce discours est l’arrêt immédiat des poursuites contre nos compatriotes emprisonnés pour avoir tout simplement exercé leurs droits constitutionnellement inaliénables à savoir la liberté de manifester et la liberté de s’exprimer.

Leur libération aurait pu constituer un déclic pertinent pour l’apaisement tant souhaité. Le sentiment d’auto déification du personnage a malheureusement pris le dessus sur ce qui aurait pu apparaître comme le catalyseur de mise en route du processus de réconciliation nationale véritable.

S’agissant de ce dialogue annoncé, M. Biya a défini le cadre et il incombera désormais aux participants d’avoir le sens de l’intérêt général. Il y aura certainement des faucons qui tendront des embuscades au mandataire de M. Biya à savoir le Premier ministre. Leurs méthodes sont connues. Il appartiendra de ce fait aux participants de l’opposition de rester vigilants sur l’ordre du jour et par la suite sur le contenu des différentes déclinaisons en débat notamment celles concernant les libertés fondamentales et les mécanismes de dévolution des pouvoirs politiques et économiques.

Un certain nombre de chantiers méritent absolument d’être revisités et leur caractère contraignant arrêté à l’entame du dialogue pour ne pas avoir à faire un travail de Sisyphe à l’instar de la Tripartite de 1991 qui a laissé un goût d’inachevé, source des différentes récriminations portées jusqu’ici par l’immense majorité des acteurs politiques.

Condamner les violences, donner l’impression de comprendre en partie les attentes, M. Biya semble avoir fait son mea-culpa au cours de ce discours. Des réponses ont été faites dans le sens du dialogue national, couvriront-elles pour autant toutes les demandes pressantes des camerounais ? Il faudra attendre la fin du dialogue pour juger totalement des mesures qui y seront prises. Son discours notamment la partie annonçant le dialogue national a certes un cap ambitieux et malheureusement une vision qui n’a pas été précisée.

Quoiqu’il en soit, M. Biya doit maintenant transformer ses annonces en un tournant politique, économique et social majeur. Il doit, relativement à ce dialogue annoncé, avoir le courage d’inciter et surtout d’accepter les réformes justes et efficaces allant dans le sens de l’amélioration concrète du quotidien des camerounais et de l’intérêt général. J’espère que les recommandations arrêtées de commun accord et par ailleurs contraignantes permettront d’asseoir définitivement les fondamentaux de notre République qui est à un moment critique de son Histoire.

Au soir de sa vie, il s’agira d’une ultime occasion historique pour M. Biya d’en profiter pour sortir honorablement comme quelqu’un qui a laissé, quoique sur le tard, un pays avec de bonnes institutions. Tout dépendra bien évidemment de ce qu’il entend faire de son tout dernier bail presque quarantenaire à la tête de l’État. S’il peut enfin comprendre qu’il a intérêt à laisser au Cameroun quelque chose de positif au soir de sa vie, ce sera tant mieux pour lui et surtout pour notre pays qui nous est si cher. Puisque de toutes les façons, il passera et le Cameroun restera.

Par N.R.E App


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