L’émergence est possible avant 2030:

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Le Cameroun à la croisée des chemins, comme affirment certaines langues au regard des soubresauts et des différentes crises que traverse le pays depuis quelques années, alors que les conditions initiales et la densification des stocks d’infrastructures (routes, ponts, énergie, etc…) peuvent permettre d’augurer plutôt des lendemains meilleurs. Notre rédaction donne la parole à un intellectuel pluridisciplinaire pour donner des éclaircissements sur des points importants qui permettent de mieux cerner le sujet.

Réalisé par Victor Bakomba

Question :       Vous estimez que  le Cameroun peut être émergent avant 2030 alors qu’il peine jusqu’en 2018 pour atteindre un taux de croissance de 4%.Sur quels arguments basez-vous votre affirmation ?

Réponse : Le taux de croissance est un mauvais estimateur pour le futur. C’est dire que le taux de 4% de l’année 2018 n’explique que 7% des estimations de 2019.A vrai dire, il faut pouvoir  considérer que ce taux de 4% est une prouesse pour notre pays qui fait face à une triple crise : Le retournement de tendances des cours des matières premières qui annihile toutes les projections en rapport aux projets structurants ; la crise séparatiste anglophone qui prive le pays d’au moins 2 points de croissance et la crise sécuritaire au septentrion qui perdure et dont les répercussions affaiblissent la dynamique de croissance.

Par contre, les politiques économiques sont un meilleur estimateur de celle de la décennie suivante ; elles sont beaucoup plus permanentes que la croissance. Dans cette veine, l’investissement en infrastructures, comme cela se fait depuis 2010 au Cameroun, est très rémanent d’une décennie à l’autre. Les économistes s’accordent pour dire que l’investissement de la présente décennie en infrastructures explique au moins 70% de celui de la décennie suivante. Et il en va de même de l’investissement en capital humain. Ainsi, le taux d’inscription à l’école secondaire (lycée et collèges) de la décennie 2010 explique en moyenne 85% de celui de la décennie 2020.En clair, les efforts déployés depuis 2010 pour renforcer les stocks d’infrastructures physiques et sociaux auront forcement des fortes retombées de croissance positives au cours de la décennie 2020.

Pour être plus explicite, notons qu’une étude empirique devenue très célèbre estime que chaque point supplémentaire de pourcentage du PIB affecté à l’investissement dans les transports accroît la croissance de 0,6 points de pourcentage. La vérité est aussi que toute guerre (guerre d’usure, guerre civile, conflit séparatiste) tend d’emblée à réduire  la croissance de 1 à 2% de croissance

Question :       Pourquoi cela ?

Tout simplement parce qu’aucun investisseur ne peut penser placer des fonds dans un secteur géographique en proie à des armées en furie. Mais en plus, les bandes déchainées, pour se refinancer, se servent des fruits de l’activité des entreprises locales et ses forces vives. C’est bien ce  qui explique aujourd’hui les résultats de la CDC que ce soit en production de banane, de noix de palme, d’hévéa, les revendicateurs du Nord – ouest et du Sud- ouest exerçant de fortes menaces sur les ouvriers qui désertent des plantations, ce qui leur permet de se servir comme ils veulent.

Le Bangladesh, l’Éthiopie, le Soudan, le Mozambique ou le Tchad ont vécu de près ce type de désastre. Ils savent à quel point les guerres civiles, les guerres d’usure ou séparatistes ou d’indépendance peuvent contracter une économie. En effet, durant sa guerre civile de longue durée (1974-1992), le revenu par habitant de l’Éthiopie a diminué de près de 30%. Idem pour le Soudan où suite à la guerre entre le Nord Musulman et le Sud Chrétien, le revenu chuta dans un premier temps de près de 30% de 1963 à 1973, puis de 25% pour la période de 1984 à 2004 aujourd’hui avec la fin de la guerre, ces deux pays sont devenus des champions de la croissance en Afrique depuis une bonne dizaine d’années.

Question:        Quelles leçons pour le Cameroun ?

Vous l’avez imaginé, tous les pays ne sont pas nés sous une bonne étoile. Ceux qui ont un long passé de guerre civile, de famine ou de catastrophes naturelles (inondations, pluies, glissement de terrain, éruptions volcaniques, tremblement de terre) peuvent passer de la croissance au déclin. Et le pire est que ce type de choc tend très souvent à limiter la diffusion des connaissances. Pensez à la situation des écoles, des lycées et dans cette ordre d’idée les universités dans la partie anglophone du pays depuis deux ans.

Il n’y a pas qu’une perte en capital physique, mais pire, une perte en capital humain et en opportunités d’appariements  fructueux. Or la différence de revenus entre les nations s’explique essentiellement par les différences de capital initial, tant physique qu’humain.

Là où le capital est important au départ, on a tendance à y ajouter davantage de capital humain, comme physique. Le Fils de l’homme disait en son temps : à ceux qui ont, l’on ajoutera, et à ceux qui ont très peu, on retirera même le peu qu’ils ont“. Le fils de Dieu évoquait ce que les économistes appellent la loi des rendements croissants.

Question :       En clair, que voulez-vous dire ?

Selon la loi des rendements croissants, le rendement du capital tant physique qu’humain est abondant là où le capital est déjà important au départ. C’est ce principe qui explique que 20% des populations riches du globe, reçoivent 88% des investissements directs étrangers(IDE), tandis que, les 20% les plus pauvres se partagent environ 1% de ces IDE. C’est ce qui explique aussi que les villes des comtés du corridor de croissance historique de Boston- Washington sont en moyenne 60 à 80% plus riches que les autres villes américaines. C’est  toujours ce même principe qui explique que les meilleurs ingénieurs financiers et avocats d’affaires se concentrent à New-York (Wall Street), City (Londres) ou à Singapour et non à Bordeaux, Mogadiscio ou Brazilia. De même, les meilleurs informaticiens affluent vers Silicon Valley, Bangalore où ils peuvent effectuer des appariements fructueux et non à Bobo-Diolasso ou à Metz.

En fait, c’est le même principe également que veut que les meilleurs hommes d’affaires de la CEMAC convergent vers la cité portuaire de Douala.

Question : Voulez –vous nous dire plus haut que les politiques économiques du Cameroun se sont améliorés ?

En clair, nous voulons dire  que tout doit être fait pour retourner à la sécurité et à la paix au plus tôt ; car, tout ce qui est gagné par la porte du devant a tendance à s’évaporer par la porte de derrière.

De toute évidence, depuis le franchissement du point d’achèvement de l’initiative PPTE en Avril 2006, avancée qui a permis le passage d’une stratégie de réduction de la pauvreté à une stratégie d’accélération de la croissance et de l’emploi (DSCE), le pays a adopté des politiques économiques nettement plus avisées. Atteindre des taux de croissance robustes passe forcément par l’amélioration du patrimoine infrastructurel au cours des années de crise et d’ajustement structurel. Cela passe également par la modernisation de l’appareil de production, les infrastructures ne pouvant d’elles-mêmes créer de la richesse, de la valeur, ni des emplois.

Et en fait, grâce essentiellement à la coopération sino-camerounaise, nous observons depuis les années 2010 un accroissement historique des stocks d’infrastructures au Cameroun. Cinq barrages construits en cinq (05) ans, du jamais vu sur la planète. Plusieurs liaisons autoroutières, un port en eau profonde(Kribi), un maillage territorial en fibre optique, la multiplication d’usines de production d’eau, voici pour le décor des réalisations méso économiques issues de la coopération avec l’Empire du milieu.

 Question: Concrètement, quel impact pour l’économie ?

Au milieu des coûts de facteurs production, il devrait avoir une percée remarquable à terme. Ceci du fait de la réduction des coûts d’énergie, de transport, de télécommunications et de transactions. Cette seule réduction des coûts de facteurs de production place le pays dans la posture d’attirer de plus en plus d’IDE, les Chinois y compris .Encore que, la Chine doit  délocaliser une bonne partie de ses capacités productives d’ici 2030, suite à la montée des coûts salariaux, des pressions de pollution et des revendications environnementales ou écologiques.

Mais au-delà des gains en termes de coûts, les conditions initiales fort favorables (les pays innervés par 04 corridors de transit, doté par des profondeurs maritimes remarquables, d’une hydrographie importante, de plusieurs zones agrobiologiques ultra fertiles et est propriétaire d’un câble sous-marin à fibre optique …) l’autorisent à se transformer en plaque tournante régionale et en pole d’intermédiation commerciale, industrielle, logistique et même financière dans le golfe de Guinée

Question : Vous voulez dire quoi concrètement ?

 Le Cameroun pourrait gagner de l’argent à profusion en construisant un port en eau profonde à Limbe aux fins de desservir le trafic conteneurisé au Nigeria et au Niger .En fait, ce trafic au Nigeria verra son volume multiplié par (04)quatre d’ici 2030. Or les ports nigérians sont permanemment engorgés et manquent de profondeur (Lagos, Calabar, Port-Harcourt).  Ce qui a obligé le géant ouest-africain à mettre en chantier trois nouveaux ports(IBAKA , BADAGRI et LEKKI) où un complexe pétrochimique et une raffinerie est en construction sous l’impulsion de DANGOTE (11 milliards de dollars) .Mais même ces raccourcis ne pourront résoudre la congestion portuaire nigériane. Le port de Limbe affiche des profondeurs suffisantes permettant d’accueillir des navires de plus de 6000 équivalent vingt  pieds (6000 EWP) et plus. Du coup, cette structure portuaire une fois construite, pourrait servir à traiter essentiellement les trafics nigérians et nigériens, ce qui représenterait une énorme cagnotte pour le pays. De plus, Lagos souffrent chroniquement d’un déficit énergétique qui va chercher dans les 25000 MWA de puissance installée, devrait devenir un client phare du Cameroun qui est fortement arrosé (NOUN, WOURI, SANAGA, NYONG, etc.….).

Ces multiples installations dont la construction est programmée pour la décennie 2020, pourraient servir au pays dans sa stratégie d’importation d’énergie vers le Nigéria et les pays voisins.

Et autant importante serait la distribution d’internet à haut débit au profit du Nigéria et de divers pays de la CEMAC déjà sous contrat (Tchad, Guinée Équatoriale, Gabon, Congo). De toute évidence, le câble à fibre optique de 32 terra bits a des capacités énormes, des capacités qui sont aussi sollicitées par des pays européens et américains.

Doté de plus de terres très fertiles, le pays de Roger MILLA, pourrait aussi se concentrer à la production et transformation du manioc à exporter vers les géants démographiques voisins notamment le Nigéria ou la RDC,     )

Question : Vous êtes optimiste et n’évoquez pas du tout les effets de la corruption. Est-ce à dire que l’on devrait la sous-estimer ?

La corruption est la gangrène à extraire  au plus tôt. Autant que la crise anglophone et même les menaces sécuritaires au Nord. Ce fléau est inversement corrélé avec la croissance. Plus la corruption est élevée, plus la croissance tend à baisser. Les pays qui se présentent aujourd’hui comme champions de la croissance en Afrique affichent des conditions initiales nettement moins favorables que le Cameroun (Ethiopie, Sénégal, Rwanda, Botswana, Ile Maurice, Seychelles et même la Namibie).

Le dénominateur commun de ces pays est qu’ils sont parvenus à résidualiser la corruption. Situation qui met les investisseurs en confiance et explique la montée des flux d’investissements directs étrangers vers ces pôles par excellence de la croissance inclusive. Sans surprise du fait de l’efficience administrative, la faible inertie bureaucratique et une bonne qualité de la dépense publique, tous ces pays gagnent 2 à 3 points de pourcentage de croissance. A l’inverse, les pays où la corruption est devenue endémique tel le Cameroun, le Tchad, le Nigéria, la RDC, ont beaucoup de mal à franchir la barre symbolique de 5%, la corruption amputant à la croissance 2 à 3 points de pourcentage. Pour ce qui est du Cameroun qui a été champion du monde dans le classement des pays corrompus en 1997 et 1998, la prolifération d’institutions chargées de lutter contre cette gangrène ne semble pas porter beaucoup de fruits jusqu’à ce jour. Pour preuve, un rapport de la CONAC de 2017 indique que la corruption a provoqué un manque à gagner de plus de 1200 milliards à l’Etat du Cameroun entre 2015 et 2017.

Le rapport se limitait à (05) cinq secteurs de l’économie seulement. Un autre rapport beaucoup plus récent de l’ANIF (Octobre 2018) conforte les allégations de la CONAC. Ce dernier rapport indique que les manques à gagner de l’Etat qui atterrissent dans les mains des individus  sans foi ni loi, ont dépassé les 1500 milliards de francs en 2017. De quoi construire des milliers de kilomètres de routes. De quoi multiplier à profusion des forages d’eau, des écoles, des centres d’apprentissage, des centres de santé.

La corruption qui se traduit généralement à travers l’exigence de pots de vin, correspond en fait à autant de taxes directes sur la production. Taxations qui tendent à réduire la rentabilité de l’investissement à long terme et réduisent forcement les flux d’investissements directs étrangers vers le Cameroun. Or, les IDE sont la courroie de transmission par excellence des connaissances, compétences et savoir faire des sociétés post industrielles vers les pays en développement.

Nombreuses sont les études empiriques qui indiquent que plus le volume des IDE est élevé, plus la productivité des industries locales tend à grimper. C’est dire en clair, que les IDE favorisent au-delà des transferts de technologies, le transfert d’une culture d’entreprise fondée sur la performance, la quête permanente de l’excellence, les hauts niveaux de productivité, les meilleures pratiques managériales et le recours aux technologies de pointe.

Question : Quelles solutions pour éradiquer ce fléau ?

Jusqu’ici, la corruption au Cameroun a été essentiellement combattue sous sa forme centralisée (coaction d’une équipe de prévaricateurs coiffés par une personnalité politique en charge de répartir les prébendes aux différentes parties prenantes). La corruption, sous sa forme décentralisée a été négligée (le policier mange-mille qui soutire 1000 FCFA, le contrôleur financier ou receveur qui exige 10, 20, 30 %). Mais à la vérité, l’Etat a démissionné dans cette bataille face à une masse infinie de corrupteurs qui évoluent désormais en champ libre, leur démarche semblant être désormais acceptée de tous. Hélas, cette évolution fait entrer la corruption dans les cercles vicieux, d’où elle devient endémique, voire systémique. Le défi aujourd’hui est de résidualiser la corruption décentralisée au point de mettre les corrupteurs, quel que soit leur nombre, dans une posture de  peur permanente de se voir enrayer plusieurs mois de salaires. Et bien sûr, le défi est aussi d’enrayer la corruption centralisée en passant par les actes palpables pour tous.

Le Ghana au temps de J. Rawling avait prévu des emprisonnements  des exécutions physiques  et des déclarations préliminaires des biens

La stratégie semble avoir porté du prix, le Ghana étant aujourd’hui l’un des pays les moins corrompus du continent de ce fait  il attire des volumes massifs d’IDE.

Question: Et que dire de la situation des PME ?

 Les PMES sont des créateurs de richesses, de valeurs de et d’emplois. L’État doit créer des conditions  favorisant leur essor. Des conditions permettant le plein déploiement de leur potentiel de croissance (fourniture d’énergie, accès au réseau routier, portuaire et de télécommunications.

  En effet, la tendance à commercer davantage avec ses voisins (effet distance positif) surtout lorsqu’ils possèdent un marché  intérieur dynamique avec une démographie importante et sont dotés d’un pouvoir d’achat, renforce la croissance alors que les tarifs douaniers, les barrières non tarifaires, les impôts sur le commerce et d’autres obstacles au libre-échange tendent à réduire la croissance de la productivité (Edwards 1998). De leur côté, Frankel et Romer(1999) arguent d’une puissante relation causale entre l’accroissement du commerce et la croissance. Selon leurs études empiriques, l’augmentation d’un (01) point de la part du commerce dans le PIB, tend à augmenter le revenu par habitant de 2 points. Sachs  et Warner(1995) indiquent de leur côté que les tarifs douaniers, les barrières non tarifaires, ainsi que  les obstacles sur le libre échange (impôts sur le commerce, monopole d’Etat sur les principales exportations, etc.) non seulement réduisent la croissance de la productivité dans les pays à la traine, amplement fermés, mais limitent énormément leur taux de croissance. En effet, selon leur constat, ce type de pays affichent une croissance moyenne de 0,7% par habitant et par an, tandis que la croissance des pays retardés mais amplement ouverts peut atteindre jusqu’à 4,5% .De plus, ces analystes montrent que le processus qui installe un pays dans la trajectoire d’une économie ouverte, le fait croitre d’un point de pourcentage supplémentaire par an. Toujours dans la même veine, l’économiste coréen Jong Whang Lee (1995) met en lumière le fait que les tarifs douaniers élevés ont un effet globalement négatif sur la croissance.

Toutes ces indications empiriques devraient servir à encourager le Cameroun vers une plus grande ouverture commerciale. Encore  qu’innervé par une poignée de corridors de transit et situé de surcroit à proximité d’économie présentant une taille de marché imposante, ce pays aux forces centripètes importantes, est bien parti pour jouer, sous peu, un important rôle d’intermédiation commerciale, logistique, commerciale et même financière dans le corridor de croissance du golfe de Guinée, à l’heure de la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale.

Tout prédestine le Cameroun, qui vient de se doter d’un plan directeur d’industrialisation, à se repositionner positivement dans la division internationale du travail et réussir une insertion et une remontée en gamme dans les chaines de valeur. Et au regard des progrès déjà accomplis, tout donne à croire qu’il s’approche du seuil de connaissances, qualifications et savoir- faire qui lui permet, les rendements croissants aidant, de basculer dans les cercles vertueux de croissance et dans la short list des pays émergents africains d’ici 2030. Mais à condition qu’il améliore ses paramètres de gouvernance, accroisse la compétitivité des entreprises locales, relève la productivité globale et assure le retour à la sécurité et à la paix.

Vers l’émergence d’un dragon africain d’envergure régional ?

Sur la longue période, les politiques économiques et d’autres facteurs  (climat des affaires, qualité de la dépense, publique, paix et cohésion sociale, gouvernance  économique) sont fortement corrélés avec la croissance et la prospérité.

Depuis le franchissement du point d’achèvement  de l’initiative PPTE en 2006, le Cameroun  a nettement amélioré ses politiques économiques. Ce pays a opté pour l’accélération de la croissance. Il compte y parvenir en améliorant ses infrastructures ainsi qu’en modernisant son appareil de production. Particulièrement sur le terrain des infrastructures, il est en train de faire de remarquables avancées, acquérant des liaisons transocéaniques  à fibre optique, construisant  des barrages  hydroélectriques, posant de vastes maillages territoriaux à  fibres optiques, lançant des ponts, des ports en eau profonde, des autoroutes etc. ….

Compte  tenu  du lien fort et significatif entre actifs infrastructurels et croissance, il devrait à terme gagner  de précieux points de pourcentage dans l’avenir. Encore que ses projets structurants de 2ème génération sont sur le point de démarrer (3ème pont sur le Wouri, barrage de Nachtigal, de Song Dong , de Mentchum, modernisation et élargissement  du réseau ferroviaire, finalisation de l’autoroute Douala-Yaoundé ).

Pour l’heure, sa croissance n’est pas suffisamment vigoureuse.  Elle peine à dépasser les  5%. Au moins cinq (05) vents soufflent contre ses performances économiques : la crise dite anglophone, la corruption, le ralentissement chinois et mondial, la primarisation de son économie et la faible mobilité urbaine. Les priorités  à moyen terme sont de pacifier le pays, faire de la lutte contre la corruption  une cause nationale, améliorer la distance économique  en milieu urbain et surtout  moderniser  l’appareil agricole  en accélérant la transformation  locale des produits agricoles.

L’ouverture commerciale vers les grands voisins (Nigeria, RDC) est aussi à prioriser, l’ouverture commerciale (mesurée par la part du commerce extérieur dans le PIB) de la décennie présente expliquant  81% de celle de la décennie qui la suit. Le développement financier est  aussi  à promouvoir, le développement financier de la présente décennie (mesuré par la quantité monétaire sur PIB), expliquant entre 60 et 90% de celui de la décennie suivante. Notons que les crédits aux entreprises se situent à ce jour autour de 20% du PIB dans la CEMAC  contre une moyenne 45% dans les autres sous-régions. Il importe de doubler l’épargne nationale d’ici le début de décennie 2020, celle-ci s’établissant à moins de 3000 milliards de FCFA en 2019 pour booster l’investissement. Si  ces différents dispositions sont prises, ils n’y a pas de raisons que ce pays  aux conditions initiales exceptionnelles, n’émerge pas avant 2030. Déjà lentement et discrètement, il est même en train de se positionner  à la fois comme hub énergétique, hub d’opérations maritimes, plaque tournante continentale dans l’économie numérique  et  usine de la nouvelle Afrique industrielle de demain. Le pays  s’approche en fait du seuil de connaissances , de qualifications et de savoir-faire qui fait basculer dans les cercles vertueux de croissance et d’investissement .Il est bien parti pour s’ industrialiser , se repositionner dans la division internationale du travail et engager une insertion et remontée en gamme dans les chaines de valeur agricoles .C’est  dire que la modernisation de l’appareil de production agricole est à accélérer. Ainsi que l’approfondissement du développement des infrastructures. Manifestement, même comme bien peu de personnes le perçoivent aujourd’hui, on tend sensiblement  vers l’émergence d’un dragon africain d’émergence  régionale. C’est possible même d’ici 2030


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