la chronique de Dobell: Montée du tribalisme LA RESPONSABILITE DE LA CLASSE POLITIQUE

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Les Camerounais d’un certain âge ont du mal à situer les clivages ethniques qui caractérisent leur pays depuis quelques années. Et pour cause, à l’avènement de Paul Biya au pouvoir, l’enthousiasme et les espoirs qui animaient la grande majorité était notoire. Sous le président Ahidjo, les gens avaient peur. Les premières années de l’indépendance étaient sanglantes. Avec la guerre de libération qui sévissaient dans la région de l’Ouest dans les départements du Moungo, de la Sanaga maritime et du Nkam (Littoral) et le Nyong et kéllé (Centre).

Ceux qui ont connu ces années se souviennent encore dans la peur, du sinistre train de la mort, des déplacements avec laissez-passer d’un département à un autre et des rafles impromptues. La police politique de Jean Fochive dont la DIRDOC (Direction de la documentation) devenu CENER (Centre d’Etudes et de Recherche) faisait régner la terreur au sein d’une population tétanisée. Elle traquait les présumés subversifs partout. La DGRE de nos jours n’est pas aussi crainte que l’étaient les institutions dont elle découle. Fermons cette parenthèse.

Plus près de nous, invité de l’émission Actualité Hebdo de la CRTV et parlant de ce qu’il convient d’appeler désormais l’affaire Kamto, le tout nouveau ministre délégué auprès du ministre de la justice, jean de Dieu Momo a cru devoir tracer une parallèle entre les Bamileké du Cameroun et les juifs en Allemagne dans les années 30 ‘’peuple très riche …. arrogant qui a fini par s’attirer la fureur d’un certain Adolph Hitler qui a décidé de les exterminer.

L’allusion, très mal perçue par l’ambassadeur d’Israël a nécessité des explications de part et d’autres des deux états Jean de Dieu Momo, voulant attirer l’attention de ceux qui font de Maurice Kamto, le candidat des Bamileké à la dernière élection présidentielle et qui font mousser cette histoire.

Il va sans dire que le rappel historique du ministre délégué a été maladroit. Mais fallait-il lui donner la portée qu’elle a prise. Autour de Maurice Kamto, il y a quand même les Mes Ndoki, Simh, christian Penda Ekoka et d’autres.

Jean de dieu Momo a sans doute péché par enthousiasme de jeune ministre. Il retiendra sans doute la leçon d’Aristote qui a dit : ‘’ pour devenir habile en quelque profession que ce soit, il faut le concours de la nature, de l’étude et de l’exercice’’

Sous Ahmadou Ahidjo, le maître mot était l’unité nationale. C’est au nom de cette valeur cardinale dictée par le premier chef de l’Etat camerounais que de gré ou de force l’Union nationale Camerounaise (UNC) a été montée de toutes pièces comme parti unique. En politique à l’époque, pas de son discordant.

Bien que faisant partie de ce sérail, Paul Biya est arrivé en novembre 1982 comme le ‘’Moïse’’ devant conduire le peuple camerounais vers une terre promise faite de rigueur et de moralisation où il ne fallait plus ‘’prendre le maquis pour exprimer ses idées’’

Chaque système ayant ses privilégies, ceux d’Ahidjo qui avaient du mal à s’accommoder d’un nouveau maître dont il était difficile voire impossible de sonder les desseins, se sentant éjectés à tout moment a cru devoir prendre les devants par un coup de régime qui malheureusement pour eux, a avorté le 6 avril 1984.

Une fois encore, on a vu la grande majorité des Camerounais se liguer contre les gendarmes  félons de la garde républicaines essentiellement formée des ressortissants du grand Nord. Mais la discrimination a commencé à s’installer d’abord à l’encontre des Nordistes puis entre les autres Camerounais qui voyaient les compatriotes de la grande région du Centre Sud monter en grade partout et s’emparer des postes juteux de l’Etat. Le comble, ils étaient célébrés dans leurs bourgades et patelins comme des anges d’un nouveau genre recevant la manne du démiurge. Ne faut-il pas se frotter aux étoiles pour devenir lucioles ?

Du coup ceux qui ne voyaient pas les leurs autour du gâteau national ont commencé à stigmater les nouveaux princes, nouveaux riches montant palais et palaces, roulant carrosse. Petit à petit l’unité nationale s’est fissurée, lézardée. L’avènement de la démocratie multipartite a construit très rapidement une tour de Babel à la camerounaise. Les discours publics et autres confidences d’une certaine élite politique à travers les medias n’a fait que renforcer l’ethno-fascisme qui fait trembler la nation dans ses fondements.

‘’ Un Bamiléké à Etoudi, jamais’’ martela le professeur agrégé de droit constitutionnel dans les colonnes du journal ‘’L’indépendant’’ de Ndjana Sémé. L’ancien vice premier ministre en charge avec les assemblées confiant à un ambassadeur des Etats-Unis à Yaoundé que Paul Biya pourra rester au pouvoir tant qu’il voudra, à condition de le passer aux Nordistes. La part du lion des francophones à la tête des institutions au détriment des anglophones voyant un des leurs isolés dans les fonctions de premier ministre encadré par un président de l’Assemblée nationale, un président du Sénat, un président du Conseil économique et social, un président de la Cour constitutionnel, un président de la Cour suprême tous francophone.

Une telle razzia francophone ne saurait se justifier dans la mesure où d’autres grands corps de l’Etat sont tenus par les mêmes francophones : la délégation générale à la Sûreté, l’armée et la gendarmerie, la majorité des institutions de formation, l’ENAM, l’EMIA, l’IRIC. Décidément, les anglophones ont bu la coupe jusqu’à la lie.

Le ‘’Moise’’ du Cameroun de novembre 1982 peut-il rétablir l’équilibre ? On en doute encore que récemment, c’est encore à un francophone qu’il a confié la raffinerie nationale qui se trouve dans la région anglophone du Sud-ouest après avoir flatté l’ego des anglophones en promouvant une de leurs à la tête de l’entreprise nationale des télécommunications.

Un regard sur le découpage électoral relève également des incongruités qui font que certaines régions moins peuplées ont plus d’élus locaux que celles plus peuplées. Ces déséquilibres ne peuvent que nourrir les rancœurs qui de nos jours soulèvent le couvercle d’une marmite qui ne peut plus contenir tous des démons chauffés à l’extrême.

DOBELL


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