Présidentielle en RDC

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Prémunir une crise postélectorale

L’opposant Félix Tshisekedi a été proclamé vainqueur pour succéder à Joseph Kabila. Un résultat provisoire notamment contesté par son rival Martin Fayulu et l’Eglise catholique, avec des velléités d’ingérence indue de la France.

La Commission électorale nationale indépendante (CENI) de la République démocratique du Congo (RDC) a fait durer le suspense avant de proclamer le nom du successeur du président Joseph Kabila, dans la nuit de mercredi 9 à jeudi 10 janvier. Aux premières heures de jeudi, la CENI a révélé qu’en vertu des résultats provisoires du vote du 30 décembre 2018, l’opposant Félix Tshisekedi était élu à la tête du pays.

«Ayant obtenu 7 051 013 suffrages valablement exprimés, soit 38,57 %, est proclamé provisoirement élu président de la République démocratique du Congo M. Tshisekedi Tshilombo Félix», a déclaré le président de la CENI, Corneille Nangaa. Ce d’autant plus qu’avant cette proclamation des résultats provisoires sans précédent en RDC, une vidéo diffusée sous forme de publicité affirmait qu’Emmanuel Ramazani Shadary avait remporté l’élection. De même, un autre vaincu, en l’occurrence l’autre candidat de l’opposition Martin Fayulu ont la possibilité de saisir le Conseil constitutionnel, qui disposera alors de dix jours pour mener des auditions et juger de la validité des résultats. Des sympathisants de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), de M. Tshisekedi, étaient réunis au siège du parti pour suivre cette soirée électorale. Des policiers ont été déployés autour du siège de la CENI à Kinshasa et sur le principal boulevard de la capitale, par crainte de violences. Ce d’autant plus qu’avant cette proclamation, des publicités et messages publiés sur Facebook, YouTube, Twitter et des sites Internet avançaient, à tort, que le dauphin du président Joseph Kabila avait gagné. Fort heureusement, les congolais s’en sont tenus aux résultats de la Ceni, faisant ainsi preuve de maturité démocratique. Et bien que cette annonce ait été vivement critiquée par la Conférence épiscopale nationale du Congo, qui avait procédé à ses propres décomptes et affirmait que la victoire reviendrait à Martin Fayulu. Toutes choses qui ont quelque peu conforté une cacophonie autour de la gestion des décomptes des votes.

Cacophonie

Fort de ce qui précède, il y a néanmoins de décrier une certaine cacophonie inhérente à l’absence de coordination des opérations de décompte des votes pour lesquelles les différentes parties impliquées n’auraient point bénéficié ni de la même logistique et encore moins du même déploiement humain pour couvrir efficacement toutes les régions et provinces de ce vaste pays. Il en est notamment ainsi de la Conférence épiscopale nationale du Congo qui depuis toujours n’a pas relâché la pression sur le gouvernement, en le sommant notamment d’édicter un calendrier électoral connu et suivi par tous afin de sortir le pays de l’illégalité de fait dans laquelle l’avait plongé le précédent régime. Dès lors, il devenait quasi-impossible de disposer de résultats compilés valables par tous au même moment, surtout que pour le cas d’espèce la Ceni s’est imposée des bouchées-doubles pour combler son retard de fait dans le traitement des votes, pour être à date par rapport aux délais de proclamation desdits résultats du reste intervenus plusieurs heures après celle initialement annoncée par la Commission électorale nationale indépendante. Aussi est-on plutôt en lieu de féliciter cette instance qui, pour une première aura bravé moult difficultés dont la plus inquiétante aura nul doute été la destruction des machines électorales dix jours avant la tenue de la présidentielle. Suffisant pour susciter de réelles appréhensions, tant on a tôt fait de voir en l’incendie du dépôt dudit matériel électoral, un acte criminel sur le principal entrepôt de la commission électorale pour la ville de Kinshasa à dix jours d’une élection que les Congolais attendent depuis deux ans. L’entrepôt contenait 7 000 machines à voter, des urnes, des isoloirs, des batteries et des panneaux solaires.

Apaisement

Avec la victoire de Félix Tshisekedi, la RDC pourrait vivre sa première transition démocratique. Le résultat contesté et le dépit de l’autre opposant Martin Fayulu qui dénonce un “putsch électoral” suggèrent un autre scénario : vraie alternance, ou manœuvre du parti au pouvoir. Toujours est-il que dans la nuit du 9 au 10 janvier, la République démocratique du Congo a enfin connu le nom de son président au terme d’un long processus électoral qui a duré deux ans. Félix Tshisekedi, le 3e homme des élections présidentielles est élu avec 38,57% des voix. Pour autant, l’opposition, incarnée par le candidat Martin Fayulu, parle “d’alternance arrangée” et de “putsch électoral”. Des heurts ont éclaté dans le pays, faisant sept victimes dont deux enfants. Déplorable situation qui a certainement milité en faveurs des appels incessants pour l’apaisement dans l’attente de la proclamation des résultats définitifs officiels par la Ceni. Surtout que les annonces des résultats électoraux en RDC sont toujours faits au milieu de la nuit parce qu’il y a des tensions électorales très fortes. Le processus électoral a été émaillé de nombreuses irrégularités et la communication électorale apparaît pour beaucoup comme la boîte noire. On ne sait pas ce qui se passe dedans mais on sait qu’il y a beaucoup d’influence et de pression. Thierry Vircoulon, coordinateur de l’Observatoire de l’Afrique australe et des Grands Lacs à l’Institut Français des Relations Internationales et maître de conférences à Sciences Po. Encore que l’Eglise catholique, réputée pour ses observateurs suffisamment nombreux et fiables pour comptabiliser les résultats, affirme ne pas avoir les mêmes résultats que la commission électorale. Bien plus, pour l’heure, 1,2 millions d’électeurs congolais n’ont toujours pas pu voter, des élections sont prévues en mars prochain pour ceux-là sans qu’ils puissent influer de quelque manière sur les résultats finaux.

Sus à l’ingérence

Dans la foulée, l’immixtion plutôt indue des puissances occidentales dans le processus électoral toujours en cours s’apparente à s’y méprendre à une ingérence indue doublée de velléités de diktat de quelque mode opératoire assorti d’une préférence sibylline aux relents de volonté d’imposer quelque dirigeant au peuple congolais pourtant souverain et déterminé à se doter d’un président qui réponde au mieux à ses aspirations d’indépendance et de mieux-être dans un environnement pacifié. Fort heureusement, en invitant les uns et les autres à la réserve, l’Union africaine a tacitement prémuni contre les risques d’embrasement postélectoral qui ne grandira guère la RDC mais la plongerait plutôt dans des batailles fratricides avec la dislocation de son tissu socioéconomique assortie de morts inutiles. Une issue à laquelle il ne faudrait parvenir, notamment au moment où ce pays voudrait rattraper le ralentissement de sa croissance globale plombée par les tergiversations sociopolitiques ayant précédé le processus électoral entamé le 23 décembre 2018 et devant s’étendre aux législatives et municipales attendues sous peu pour définitivement boucler un processus démocratique plutôt réussi, eu égard aux nombreuses appréhensions qui l’ont émaillé.


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