Tchad-Gouvernement de transition
Albert Pahimi Padacké nommé à la tête de la transition

(Agence de presse panafricaine) -Réagissant aux injonctions de l’Union africaine, le conseil militaire de transition a nommé ce jour l’ancien Premier ministre, Albert Pahimi Padacke, à la tête du gouvernement de transition, dont les membres seront cependant nommés par Mahamat Idriss Déby, le fils du président défunt et dirigeant dudit conseil militaire.

 

 

 

 

Le dernier Premier ministre d’Idriss Déby, Albert Pahimi Padacké, a été nommé lundi 26 avril chef du gouvernement de transition au Tchad. Un décret signé par Mahamat Idriss Déby, président du Conseil militaire de transition (CMT), a officialisé la nouvelle. Une décision prise après que l’ancien président, Idriss Déby Itno, a été tué au combat contre des rebelles la semaine dernière. M. Pahimi Padacké était arrivé en deuxième position de l’élection présidentielle du 11 avril avec 10,32 % des voix, loin derrière le défunt président, qui avait été réélu dès le premier tour avec 79,32 %.

 

Ouverture politique du CMT

M. Pahimi Padacké avait occupé les fonctions de premier ministre jusqu’en 2018, date de suppression de la fonction. Il sera à la tête, selon la charte de transition, d’un gouvernement de transition dont les membres seront nommés et révoqués par Mahamat Idriss Déby, fils de l’ancien président. Dans un autre décret signé par le nouvel homme fort du régime, le neveu de l’ancien Président Idriss Déby, Idriss Youssouf Boy, a été nommé secrétaire particulier du président du CMT, poste jusqu’ici occupé par l’ancienne Première dame Hinda Itno. Des décrets aux allures de volonté du CMT de faire amende honorable afin de se voir départir de la dénomination péjorative qui lui colle à la peau, suite au décès d’Idriss Déby Itno, celle de putschiste constitutionnel.

 

Urgences diplomatiques

Lors des funérailles d’Idriss Déby, la France, et les pays du G5 Sahel, qui combattent ensemble les jihadistes dans cette région de l’Afrique, avaient appelé à un “processus de transition civilo-militaire”, toutes choses entérinées par l’Union africaine qui a aussitôt invité le CMT à faire procéder rapidement à la formation d’un gouvernement civil à défaut d’un retour rapide à l’ordre constitutionnel. Ce d’autant plus que les principaux partis d’opposition, ainsi que les syndicats et la société civile, ont dénoncé la semaine dernière un “coup d’État institutionnel” et ont appelé à une “transition dirigée par les civils (…), à travers un dialogue inclusif”. En fait, le choix d’Albert Pahimi Padacké est loin d’avoir été anodin, tant l’homme a été le dernier Premier ministre avant la suppression du poste, en mai 2018, lors de la réforme constitutionnelle. Pour de nombreux observateurs, le CMT au pouvoir a fait preuve de réalisme et surtout de diplomatie pour tempérer les ardeurs vindicatives à son encontre. En effet, il y a quelques encore semaines, alors qu’il était en campagne contre le maréchal Idriss Déby Itno pour le scrutin présidentiel du 11 avril, Albert Pahimi Padacke s’était positionné comme le candidat d’une alternance sans revanche. Membre de la majorité pendant plusieurs années, Premier ministre de février 2016 à mai 2018, le patron du Rassemblement des nationalistes et démocrates tchadiens-Le Réveil (RNDT-Le Réveil) avait promis au défunt chef de l’État une retraite paisible.

 

Choix raisonné

Il n’arrive que deuxième au scrutin du 11 avril 2021, avec 10,32% des voix, ce qui fait de lui une force politique majeure sur l’échiquier politique national. C’est donc à un politique connu que le conseil militaire de transition confie le gouvernement de transition même si, depuis 2018, Albert Pahimi Padacké a pris ses distances avec le pouvoir. Toutefois, Albert Pahimi Padacké est un bon connaisseur du milieu politique et des associations de la société civile. Un proche de l’ancien président voit ce choix comme celui «de la raison et de l’expérience», à même de maintenir les équilibres au sein de la majorité politique. Les équilibres régionaux aussi, puisque qu’il est originaire du sud du pays. Albert Pahimi Padacké pourrait avoir plus de facilités également à entamer des discussions avec une partie de l’opposition…

 

 

 

Et, après avoir accompagné Déby père, le voilà donc au service de Déby fils… et c’est ce qui lui vaut déjà des critiques : «Le recyclage ne peut nous permettre d’aller de l’avant », estime ainsi Succès Masra qui estime qu’on a mis «la charrue avant les bœufs. On aurait dû d’abord définir une vraie architecture de la transition puis choisir un Premier ministre de consensus».

 

Manifestations latentes

 

 

Fort de ce qui précède, Succès Masra, président du parti les Transformateurs et les autres membres de la coalition Wakit Tama appellent à manifester demain, mardi 27 avril. Les membres de cette coalition d’opposants et d’organisations de la société civile, créée lors de la campagne présidentielle pour dénoncer le 6e mandat d’Idris Déby, se sont réunis ce lundi matin. Les Transformateurs étaient représentés, tout comme l’UNDR de Saleh Kebzabo, les défenseurs des droits humains, Mahamat Nour Ibedou et Max Loangar, ou encore l’Union des syndicats du Tchad. Cependant, ces derniers confirment effectivement leur appel à se mobiliser, mardi matin, pour demander un dialogue inclusif et le transfert du pouvoir aux civils.

 

 

 

Jean François Hiac pour (App) Paris

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